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Stéphanie Delon · Avril 2026

Gutenberg vs Elementor, Divi : le mauvais débat qu'on a tous eu

Elementor ou Divi vs Gutenberg : la question revient dans chaque début de projet WordPress. Elle suppose que les trois options sont comparables, que le choix dépend des préférences, qu'on peut en changer facilement. Aucune de ces trois suppositions n'est vraie.

⏱ 6 min de lecture WordPress · FSE · Accessibilité · Écoconception

Il y a une question qui revient dans presque chaque début de projet WordPress : on part sur quoi ? Elementor ? Divi ? Gutenberg ? Elle semble raisonnable. Elle ne l'est pas vraiment. Elle suppose que les trois options sont comparables, que le choix dépend des préférences, qu'on peut en changer facilement si ça ne convient pas. Aucune de ces trois suppositions n'est vraie.

Voici ce que ce débat cache, et pourquoi pour la grande majorité des projets, la réponse est déjà connue avant d'avoir ouvert WordPress.

Ce qu'Elementor et Divi font que Gutenberg ne fait pas

Soyons honnêtes : Elementor et Divi font des choses que Gutenberg fait moins bien ou moins facilement. Des animations au scroll. Des effets de parallaxe. Des bibliothèques de templates prêts à glisser-déposer. Pour une agence qui produit des sites en volume avec des effets visuels élaborés, ces outils ont une vraie valeur.

C'est le cas d'usage pour lequel ils ont été conçus. Ce n'est probablement pas le vôtre.

Ce que coûte un page builder sur un projet modeste

Un site vitrine pour un artisan, un cabinet libéral, une association, une petite commune : cinq à dix pages, un formulaire de contact, quelques images. C'est la majorité des projets WordPress qui se font chaque année. Et c'est précisément là qu'Elementor et Divi posent des problèmes concrets, durables, mesurables.

Le poids. Elementor charge entre 300 Ko et 1,5 Mo de JavaScript et CSS sur chaque page, que le contenu en ait besoin ou non. Sur un site de cinq pages sobres, c'est du poids mort. Un thème FSE avec le même contenu génère 6 à 12 requêtes HTTP là où Elementor en génère 40 à 80. Sur mobile avec une connexion dégradée, cette différence se traduit en secondes d'attente. Des secondes pendant lesquelles une partie des visiteurs ferme l'onglet.

L'accessibilité par défaut. Elementor et Divi génèrent un markup HTML qui n'a pas été conçu pour les lecteurs d'écran. Les div s'empilent là où des balises sémantiques suffiraient. Le focus clavier est souvent supprimé ou mal géré. Les palettes proposées par défaut n'ont pas été testées pour la conformité WCAG. Partir d'un thème FSE natif, c'est partir d'une base sémantique correcte. Partir d'Elementor, c'est souvent commencer avec des problèmes d'accessibilité qu'on corrigera, ou pas, après coup.

La dépendance. Un site construit avec Elementor ne fonctionne plus si le plugin est désactivé. Le contenu de chaque page est stocké en markup propriétaire dans la base de données. Si Elementor change de modèle commercial, augmente ses tarifs ou cesse d'être maintenu, vous vous retrouvez dans une position inconfortable. Ce n'est pas un scénario hypothétique : Elementor a considérablement restreint sa version gratuite ces dernières années. Gutenberg fait partie du cœur de WordPress. Il ne disparaît pas.

La licence. Elementor Pro coûte entre 59 € et 399 € par an. Divi est à 89 $/an ou 249 $ en licence perpétuelle. Pour un client qui gère un seul petit site, c'est une dépense récurrente pour des fonctionnalités dont il n'a pas besoin.

Ce que Gutenberg demande en contrepartie

FSE a une courbe d'apprentissage réelle. L'éditeur de site n'est pas aussi intuitif qu'Elementor pour quelqu'un qui découvre WordPress. Configurer un theme.json from scratch demande de comprendre sa syntaxe. Créer des templates cohérents sans s'y perdre nécessite de la méthode.

Mais regardons ce dont un site vitrine de cinq à quinze pages a réellement besoin. Une page d'accueil avec une accroche, une présentation de l'activité et un appel à l'action. Des pages de contenu avec du texte, quelques photos. Une page contact avec un formulaire simple. Un footer avec les mentions légales. Éventuellement un blog.

FSE gère tout ça nativement, sans plugin supplémentaire. Le bloc Colonnes gère les mises en page à deux ou trois colonnes. Le bloc Requête affiche une liste d'articles filtrée et paginée. Les patterns permettent de construire une section "services" ou "témoignages" réutilisable en quelques minutes. Les styles globaux dans theme.json garantissent une cohérence typographique et chromatique sur l'ensemble du site sans écrire une ligne de CSS. Un formulaire de contact léger comme Fluent Forms ou WS Form s'intègre sans alourdir le reste du site.

Ce qu'un artisan, un cabinet médical ou une association attend d'un site : que les visiteurs trouvent les informations, que le téléphone sonne, que la prise de rendez-vous soit simple. Aucun de ces objectifs ne nécessite des animations au scroll ni une bibliothèque de 300 templates.

Pourquoi Elementor et Divi restent aussi répandus

Le marché WordPress s'est construit pendant dix ans sur les page builders. Les tutoriels YouTube sur Elementor sont légion. Les thèmes commerciaux sur ThemeForest ont été conçus pour Elementor, et c'est ce que beaucoup de freelances ont appris à utiliser. L'inertie est une force réelle.

FSE, dans ses premières versions entre 2022 et 2023, était instable et peu documenté. WordPress 6.x a changé ça. L'éditeur de site est stable, theme.json est une API mature, et les patterns Gutenberg permettent de construire des mises en page complexes sans plugin. Le décalage entre la réalité technique actuelle de FSE et sa perception dans la communauté WordPress est réel.

Ce qu'on retient

Pour les projets avec une équipe technique, des besoins spécifiques en animation ou une production de sites en volume : Elementor et Divi ont leur place.

Pour les projets modestes — un artisan, un cabinet, une association, une petite commune — Elementor et Divi sont une réponse disproportionnée. Ils ajoutent du poids, de la dépendance, des coûts récurrents et des problèmes d'accessibilité par défaut. Gutenberg FSE fait le travail, sans les inconvénients.

La vraie question n'est pas quel outil est meilleur. C'est : de quoi ce projet a-t-il réellement besoin ?

Stéphanie Delon, designer web WordPress FSE, spécialiste accessibilité et écoconception.