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Guide 03 / 05

L'accessibilité n'est pas une option

En France, 12 millions de personnes vivent avec un handicap. 80 % de ces handicaps sont invisibles. Un site accessible ne cible pas un public de niche : il fonctionne pour tout le monde, dans toutes les situations d'usage.

⏱ 7 min de lecture Accessibilité · RGAA · WCAG · Conformité

Ce que « accessible » veut dire concrètement

Un site accessible, c'est un site que tout le monde peut utiliser. Pas seulement les personnes en situation de handicap permanent : une personne qui consulte en plein soleil avec un écran peu lumineux, quelqu'un qui a le bras dans le plâtre et navigue au clavier, un utilisateur de 70 ans avec une vue qui baisse. L'accessibilité web bénéficie à tout le monde, dans des situations que personne n'anticipe à la conception.

En France, 12 millions de personnes vivent avec un handicap. 80 % de ces handicaps sont invisibles. Un daltonien ne peut pas distinguer les informations codées uniquement par la couleur. Une personne dyslexique lit difficilement un texte en corps 12 sur fond blanc pur. Un utilisateur de lecteur d'écran ne perçoit pas une image sans texte alternatif.

Ce que dit la loi

Le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité) est le référentiel officiel français. Depuis la loi pour une République numérique de 2016, les organismes publics ont l'obligation légale de rendre leurs sites conformes. Depuis 2023, cette obligation s'étend aux entreprises de plus de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Pour naviguer dans ces obligations concrètes, Boussole RGAA est un outil conçu spécifiquement pour aider les élus et agents des collectivités à comprendre ce qui s'applique à leur situation.

Un site non conforme expose son propriétaire à une amende pouvant atteindre 20 000 € par service numérique. La DINUM publie chaque année un observatoire de l'accessibilité numérique qui mesure les progrès, ou l'absence de progrès, des organismes concernés.

Pour une mairie, une école ou un établissement public, l'accessibilité n'est pas un argument de vente : c'est une obligation avec des sanctions réelles.

Les critères qui font la différence au quotidien

Le RGAA liste 106 critères répartis en 13 thématiques. Beaucoup sont techniques et concernent des cas particuliers. Quatre d'entre eux couvrent l'essentiel des problèmes rencontrés par les utilisateurs.

Le contraste des couleurs. Un texte noir (#000000) sur fond blanc (#ffffff) offre un ratio de 21:1. Un texte gris clair (#aaaaaa) sur fond blanc tombe à 2,3:1, en dessous du minimum requis de 4,5:1 pour le texte courant. Le WCAG AAA exige 7:1. Ces ratios ne sont pas des recommandations esthétiques : ils correspondent à des seuils de lisibilité mesurés scientifiquement.

La taille des zones cliquables. Un bouton de 20 pixels de hauteur est pratiquement impossible à activer avec un doigt sur mobile. Le critère RGAA 14.1 exige 44×44 pixels minimum pour toute cible interactive. Sur desktop, c'est la même contrainte pour les utilisateurs de commande de souris adaptée.

Les alternatives textuelles aux images. Une image sans attribut alt est invisible pour un lecteur d'écran. Une image avec alt="image" ou alt="photo-site-123.jpg" n'est pas mieux. Le texte alternatif doit décrire ce que l'image apporte à la compréhension du contenu.

La navigation au clavier. Sur un site bien construit, la touche Tab permet de naviguer entre tous les éléments interactifs dans un ordre logique. Le focus (l'indication visuelle de l'élément actif) doit être visible à tout moment. Supprimer le focus par CSS ( outline: none) est l'une des erreurs les plus fréquentes et les plus dommageables.

Pourquoi la plupart des sites ratent ces critères

Pas par mauvaise volonté. Par manque d'outillage au moment de la conception.

Un thème WordPress commercial avec 400 options de personnalisation n'a généralement pas été testé pour l'accessibilité. Les couleurs prédéfinies n'ont pas été choisies pour leurs ratios de contraste. Les boutons ont la taille qu'un designer a trouvée jolie en 2019 sur son écran retina. Le focus a été supprimé parce que « ça faisait moche ».

Corriger ces problèmes après coup prend beaucoup plus de temps que de partir d'une base accessible. Modifier les couleurs d'un thème existant pour les rendre conformes peut provoquer des régressions visuelles en cascade. Ajouter 44px de hauteur à des boutons déjà stylés dans douze composants différents est un travail de fond.

L'accessibilité améliore le référencement

Un site accessible est un site mieux structuré. Les balises sémantiques (h1, h2, nav, main, article) que les moteurs de recherche utilisent pour comprendre un contenu sont les mêmes que celles dont les lecteurs d'écran ont besoin. Un texte alternatif bien rédigé sur une image est du contenu indexable. Une hiérarchie de titres logique aide Google autant qu'un utilisateur non-voyant.

L'accessibilité et le SEO ne sont pas deux chantiers séparés. Ils partagent la même exigence de base : un contenu structuré, lisible et compréhensible sans dépendance au visuel ou au JavaScript.

Ce qu'on retient

L'accessibilité est une obligation légale pour les organismes publics et une bonne pratique universelle pour tous les autres. Les critères les plus importants (contraste, taille des cibles, alternatives textuelles, navigation clavier) ne sont pas complexes à respecter si on part d'une base bien construite. Ils deviennent coûteux à corriger si on les ignore jusqu'à la livraison.